Autopsie de ma rage.
SLAM
23h24. je n’arrive pas à rester assis.Je me lève puis je me rassois, je me lève, je presse le pas puis je reviens à ma place. Mes pieds dans tous les sens.
Dans la nuit j’ouvre les yeux, sur ma montre il est 3h du matin. je ferme les yeux, j’essaie de me rendormir.
mon coeur bat fort.
Dans l’obscurité de la nuit. Dans le silence de ma chambre. Je ressens les palpitations de mon cœur jusque dans mes oreilles.
Ce tintamarre est assourdissant.
Je tourne et retourne dans mon lit. J’ouvre les yeux, il est 3h15.
Le lendemain, je m’empresse de prendre mon téléphone. j’agis, je réagis, je partage, je like, je commente. Je recherche tout ce qui entretient ma rage. Avec frénésie je réponds aux messages. je jongle entre plusieurs interlocuteurs. je rappelle les chiffres. Je fais des screenshots.
Rien d’autre n’a d’importance pour moi.
Un ami m’envoi une blague. Elle n’est pas drôle. en plus il me perd du temps. Un autre réagit à ma story, je m’empresse de lui partager l'article que je viens de lire.
Chez le boulanger, je vois Sonia Mabrouk dans l’édition du midi. Un invité rappelle la victoire idéologique de son parti.
Pourquoi tu te mets dans cet état? Je pense à lui, qui me dit que je vois le mal partout.
Je repense à l’étudiant que j’étais qui faisait la queue à partir de 5h du matin afin d’avoir le graal pour renouveler son titre de séjour. A qui on refusait de faire des visites parce qu’il avait un accent. Je pense à tous ceux qui pendant le confinement, alors que tout le monde était au chaud chez lui, sortait pour nous livrer nos colis amazon et sortir nos poubelles. Depuis hier soir je pense à la jeune fille qui se prostituera pour manger. je pense à tous ces étudiants poussés vers la précarité. Je pense à ces familles dans la rue qui ne pourront plus se loger. je pense à cet étudiant placé en garde à vue car son titre de séjour n’a pas été renouvelé. je pense à cette personne dite sans papier rendue main-d’œuvre volontaire et corvéable à merci.
Ils parlent d’améliorer l’attractivité de la France dans le monde. Ils peignent une France renfermée sur elle-même qui craint l’invasion.
L’étranger n’est pas un danger.
il disait que notre vote l’engageait. le bisou de la haine sur la joue, il nous dévisage.
l’étranger n’est pas un danger
Le feu de la division qui brûle a encore été attisé. La population se divise.
Autopsie de ma rage.
Ce texte est une autopsie du sentiment de rage. La nuit, le corps, le cœur qui bat trop fort ne sont pas le sujet, ce sont les instruments qui permettent au sujet d'être ancré et vécu dans la chair. Ça permet de donner vie au sujet, qui a des ramifications et s'incarne dans la vie de ceux qui le vivent, ce n'est pas abstrait, c'est concret et réel. Regarder ailleurs et ne pas s'y intéresser est aussi une forme de ne pas voir ces gens. Cette rage est le carburant, elle doit vivre. Elle provoque, elle interroge, elle déstabilise.
C'est le but.
Loi immigration : la course aux droites extrêmes.